22.12.2011
-40- GAINSBOURG Cargo culte

En 1971, Gainsbourg écrit l’Histoire de Melody Nelson. Un album concept, très court, sept chansons, 28 minutes. Un bide commercial retentissant, moins de 20000 copies vendues. Et pourtant Melody Nelson est considéré par beaucoup comme LE chef d’œuvre de la chanson française. Rien que ça. Evidemment c’est un monument qui se visite en silence, avec respect. On l’écoute d’un bout à l’autre, on n’ose pas isoler une chanson parmi les autres. C’est pourtant ce que je fais ici…mais après tout, j’ai tous les droits ! Il n’y a pas que Melody Nelson qui fête ses 40 ans cette année…
1971, c’est une grosse année musicale: Led Zeppelin « Stairway to heaven », John Lennon “Imagine”, Issac Hayes “shaft” ou encore Marvin Gaye “What’s going on”…du très lourd…Bon c’est vrai qu’il y avait aussi l’autre côté du miroir : Sheila « Les rois mages », Michel Delpech « Pour un flirt », Gilbert Montagné « the Fool » ou encore… « L’aventura » de Stone et Charden. Bon.
C’est Vincent B qui m’a fait découvrir «Melody». Vincent c’était mon pote au golf. La gauche de la gauche du fairway…Le style à menacer avec un sandwedge le premier pharmacien qui ramènerait son pantalon à carreaux un peu trop près.
Après avoir vidé avec moi tous les fûts de bière du club house, il n’était pas rare de voir la 4L de Vincent débarquer à la ferme avec David (l’autre pote du Trotsky Golf club) pour prolonger la soirée autour d’apéros interminables… David roulait des cigarettes qui font rire, moi je continuais à la bière et aux chips, et le chien (feu Schubert), essayait de récupérer tout ce qu’il pouvait sous la table. Une fois, David a laissé tomber une boulette… et le chien a fait le grand prix de Monaco pendant une heure autour de la maison.
Quand la nuit tombait, on commençait à s’avachir et à regarder le ciel étoilé, bière à la main. Un soir, Vincent a sorti « l’histoire de Melody Nelson ». On a écouté l’album sans rien dire, les yeux perdus dans la voie lactée.
«Cargo culte», c’est la chanson qui clôt l’histoire. Elle commence par un étrange passage parlé qui rompt avec le rythme «guilleret» de « En Melody », le morceau précédent.
Melody voulut revoir le ciel de Sunderland
Elle prit le sept cent sept, l'avion cargo de nuit
Mais le pilote automatique aux commandes
De l'appareil fit une erreur fatale à Melody
Ensuite, c’est l’entrée progressive dans une ambiance musicale hallucinante où chaque instrument vit indépendamment des autres. La basse lente et folle, soulignée seulement par une batterie nonchalante, presque absente. Le phrasé accablé de Gainsbourg à qui une guitare désabusée à la Hendrix vient porter secours au bout de deux minutes…Les chœurs qui arrivent, discrets puis omniprésents, la basse qui s’affole jusqu’au final orgasmique…C’est la perfection…Merde, «Sonic Youth» n’a rien inventé…Tout était là depuis 1971, l’année où Charlotte et moi sommes nés…
Bon…Voilà, c’est fini…Cette liste, ma jeunesse, ce que vous voulez…Mais je réécoute « cargo culte » et je me dis que Gainsbourg avait 43 ans quand il a écrit ce chef d’œuvre absolu. Et Lulu n’était même pas né…allez, j’en suis sûr maintenant, le meilleur est à venir.
Rendez-vous dans 40 ans pour la suite...
http://www.youtube.com/watch?v=oE853xWLsE8&feature=related
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-39- BLONDIE Heart of glass

Panic on ze dance floor
Il y a un John Travolta en chacun d’entre nous. Chez moi, il est juste est très bien caché. Il ne sort qu’occasionnellement. Et se fait parfois un peu prier.
Pré-pubère, quand les sœurs M. organisaient nos premières boums, le mercredi après-midi à Châteauneuf sur Sarthe, je restais sagement debout, appuyé contre le mur, comme tous mes copains, un verre de Verigoud à la main. La piste de danse était un lieu interdit aux garçons.
Après quelques années, une petite moustache d’avril soulignant un sourire incertain, je me suis parfois hasardé au milieu de la piste, tentant maladroitement de reproduire le plus élémentaire des pas de danse. Le mia.
Ce n’est que beaucoup plus tard, dans une phase boite de nuit qui n’a duré que quelques mois, entre 17 et 18 ans, que j’ai réellement laissé le Dieu de la danse s’emparer de mon corps…Chemise rose, jean blanc , blazer bleu marine et cheveu gras, je déboulais au Club 3000, au Pacha, ou au Quartz. Complètement désinhibé, je me laissais aller à des déhanchements travaillés. De plus en plus sûr de moi, j’osais même parfois danser, à grands renforts d’œillades appuyées, auprès de filles que je ne connaissais pas…C’était sans doute assez pathétique et ça ne m’a jamais mené très loin…
Le démon de la danse a ensuite pris congé pendant quelques années, laissant place au Dieu des pigeons, tête en arrière puis en avant au rythme de la basse, époque grunge, cheveu toujours gras mais disco prohibée…
Heureusement, le groove a repris ses droits et possession de ce corps qui ne demandait que ça, à condition qu’on veuille bien l’aider à se remettre en route. Le Muscadet et ABBA s’en sont chargés dans une très belle période Pornichet où le disco a côtoyé les Thugs et autres Sonic Youth…mais pour m’attirer sur la piste il y avait des favoris… Pas de « Boney M », pas de « YMCA »…Quelques notes de « Saturday night fever » suffisaient à me mettre en transe, tout comme «Dancing queen», «Groove is in the heart», «Last night a DJ saved my life » ou bien sûr… «Heart of Glass».
Ahh Blondie…la classe absolue. Un petit riff imparable et un groove inimitable. La caution rock en plus. Et puis Debbie Harry, icône sophistiquée aux yeux défoncés… Un petit chat échappé du panier qui ne voulait pas figurer sur le calendrier des pompiers de 1978…Une sorte de Michelle Pfeiffer des mauvais quartiers, la Madonna des rockers.
Aujourd’hui, « Heart of Glass » fait partie des quelques titres qui peuvent déclencher en moi une envie irrépressible de revenir sur la piste. Mais les occasions se font plus rares et le corps, moins entrainé, peine à reproduire certains enchainements…Travolta est souvent enfoui dans une partie de mon cerveau fermée à double tour dont la clé est cachée derrière quelques verres de Muscadet …ou de Beaujolais nouveau.
Mais le flambeau est transmis ! Alex prend des cours de danse Hip Hop et Ava se déhanche à la maison, pas toujours en rythme, au son des ShakiRihanna…ça groove à Alfortville. Il y a un peu de Manu Travolta chez ces enfants-là et c’est très bien comme ça.
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21.12.2011
-38- dEUS Wake me up before I sleep

Un an à Nantes en 1996. Une année universitaire, la seule qui ait vraiment compté. Je voulais être prof d’anglais. J’avais été miraculeusement accepté à l’IUFM de Nantes pour préparer le CAPES. Une véritable année d’étudiant, la dernière, la seule finalement.
J’habitais un bel appartement dans le centre de Nantes, à deux pas du marché de Talensac et de la Tour de Bretagne. Un deux pièces charmant avec parquet, moulures mais aussi une salle de bains reliée directement aux égouts de la ville. Une horreur puante parfumée à la fiente des pigeons qui menaçaient d’y entrer dès que j’entrouvrais la fenêtre pour aérer…
J’ai passé cette année le nez dans les livres. J’ai lu, relu et disséqué Hamlet, David Copperfield et Moon Palace de Paul Auster, les trois œuvres au programme du cours de littérature. Pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment bossé. Et j’ai aimé ça.
J’ai un souvenir très précis de mon bureau dans cet appartement. Il faisait dos à la fenêtre et j’adorais deviner la lumière qui baissait dans la pièce alors que je gardais le nez dans mes bouquins. Cette année-là, à l’automne, dEUS a sorti son deuxième album, « In a bar, under the sea ». Je l’ai écouté pendant des mois et il incarne aujourd’hui la couleur de cette parenthèse un peu enchantée. Je ne peux pas le réécouter sans m’imaginer, seul, dans cette grande ville, dans cet appartement, enfin fier de moi et heureux d’apprendre…
Je voyais dans la lumière d’automne qui entrait par ma fenêtre, quelque chose qui ressemblait à un soulagement. J’appréciais enfin ce que je faisais, je ne perdais plus mon temps et je refusais de me perdre à nouveau dans l’insouciance et l’inconséquence de mes vingt ans…C’était donc d’une étape vers le passage à l’âge adulte dont il était question, même si celui-ci allait encore mettre un peu de temps à se concrétiser…Quelques mois plus tard, j’envoyais tout valser, bouquins et études. Mais je savais enfin ce que je voulais.
« Wake me up before I sleep », réveille-moi avant que je ne m'endorme, tout un symbole…1996, l’année où dEUS a fait passer l’automne pour le printemps…
http://www.youtube.com/watch?v=ahFa9hrwZeA
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